Coup de gueule: oui, il y a des idiots et des racistes… partout!

Petite mise au point (avec quelques éléments précis) sur les récentes violences et discriminations faites en Chine contre les Africains.

Sébastien Périmony, le 24 Avril 2020 ( here –> English version )

Cette image extraite d’une vidéo qui circule actuellement et montrant une agression de Chinois à l’encontre d’un Africain, date en fait… de 2015.

Je suis et ai toujours été contre toute forme de violence. Je suis même de ceux qui combattent pour la paix et qui croient, fièrement et naïvement (au sens où l’entend Friedrich Schiller) que demain, oui demain, les violences et atrocités que se font subir les êtres humains entre eux, cesseront. Et que l’humanité, éduquée esthétiquement par l’art et la science, par la beauté et la vérité, considérera la violence comme un dinosaure de la morale humaine : disparu et pour toujours !

Mon engagement pour la cause de l’humanité a d’ailleurs puisé une partie de sa source dans le combat de Amélia Boynton Robinson (ancienne collaboratrice de Martin Luther King dans son combat pour les droits civiques), avec qui j’ai eu l’honneur de collaborer – via l’Institut Schiller dont elle fut membre fondatrice – et pour laquelle j’ai co-organisé une tournée en France en 2006.

J’imagine que parmi les personnes qui, aujourd’hui, s’enragent contre le racisme depuis leur smartphones et leurs WhatsApp, nombreux sont celles qui n’ont jamais lu son livre – voire ne la connaissent pas. Si ces personnes désirent savoir ce qu’est la résistance contre toutes les formes de discrimination, je les invite à se pencher sur le combat de cette grande dame sur le terrain, mené tout au long de son existence, et, ce, au risque de sa vie. A ce titre, je vous invite, chers lecteurs, à faire circuler cette vidéo sur son histoire. Une vidéo qui rappelle que l’Histoire ne se change pas avec de simples messages sur son profil facebook…

Ce que je réponds aux messages sur les « violences chinoises » contre les Africains

Je suis un homme en colère. Oui, car depuis quelques jours, je reçois, à longueur de journées sur WhatsApp (!), des vidéos de Chinois frappant violemment, excluant, maltraitant des Africains. Disons le clairement : oui, ce sont des idiots et des racistes !

Mais pourquoi en faire une si grande affaire ? A ceux qui font circuler ces vidéos ou ce genre d’appel (reçu encore cinq fois ce matin) appelant à la révolte et au boycott :

« Chers Frères et Soeurs ressortissants des pays de l’Union Africaine, des Amériques et des Antilles !! Au vu de tout ce qui s’est passé en Chine contre les ressortissants de notre Nation, et en raison de la couleur Noire de notre peau – maltraitances, humiliations, avilissements, déconsidérations, violences diverses et autres accusations mensongères contre Notre Nation – qui seraient selon eux, à l’origine de la propagation du Coronavirus en Chine et dans le monde, etc. »

A vous, donc, je demande : vous êtes-vous posé la question (vous qui, de fait, partagez en masse des appels à la violence contre les Chinois en Afrique) si le but de ces images n’était pas, précisément, d’ajouter de la violence à la violence, de la haine à la haine ? Vous êtes-vous demandé: qui a intérêt à détériorer les relations entre la Chine et les pays d’Afrique ?

Savez-vous qu’aux États-Unis, chaque jour, un « Noir » se fait tuer par la police, selon les statistiques officielles ? Pire : le Washington Post lui-même a comptabilisé, depuis 2015, 2 945 morts – soit deux fois plus, chaque année, que ce que disent les statistiques officielles ! Reçois-je pour autant chaque jour des appels aux boycott et à la violence contre les Américains en Afrique ? Et quand bien même, au regard de ces réalités, cela pourrait se justifier, par principe, je ne le cautionnerais pas. Toutefois je vous demanderais : continuez-vous d’utiliser les GAFAM, de porter des Nike et de manger au McDonald’s ?

Où et pourquoi ces violences contre les Africains ont-elles eu lieu?

Mais calmons-nous et remettons, quant au sujet qui nous intéresse aujourd’hui, quelques pendules à l’heure. Les maltraitances et discriminations contre les Africains, si elles sont bel et bien intolérables, n’ont pas eu lieu PARTOUT. Non, elles ont seulement eu lieu à Guangzhou en Chine (Canton). Guangzhou est la plaque tournante du transit entre la Chine et l’Afrique, et abrite, de ce fait, le plus grand nombre d’étrangers vivant en Chine, dont beaucoup sont originaires d’Afrique. De nombreuses entreprises et commerçants africains s’y sont par ailleurs installés.

Après Wuhan, Guangzhou, capitale de la province du Guangdong, fut le deuxième foyer de contamination au Covid-19 en Chine. Bien que le nombre de cas ait drastiquement diminué du fait de la mobilisation générale du pays pour éradiquer la maladie, Guangzhou a connu un certain nombre de cas importés de coronavirus. Or, après qu’un restaurant dans une zone africaine de Guangzhou a identifié un certain nombre de cas de Covid-19, les autorités ont décidé de prendre les devants (comme nous aurions aimé qu’elles le fassent dans nos propres pays), en testant de nombreux Africains et en utilisant le même modus operandi qu’à Wuhan : le porte-à-porte. S’ils sont testés positif, les habitants, quels qu’ils soient (chinois, africains, etc.) sont placés en quarantaine.

Mais il se trouve que dans ce cas précis une certaine agitation a émergé, notamment parmi certains individus de la communauté africaine – certains allant jusqu’à refuser les mesures de quarantaine. C’est ensuite qu’une frénésie s’est répandue parmi les citoyens chinois, craignant une résurgence massive du coronavirus via des résidents africains. S’en est suivi un emballement, certains Africains ayant été expulsés de leurs hôtels ou de leurs habitations par leurs propriétaires, et d’autres ayant subi, comme nous l’avons dit, des violences inadmissibles. Alors que ces histoires revenaient en Afrique via des vidéos circulant partout sur internet, les gouvernements africains ont dû réagir. Certains ont dénoncé publiquement le traitement des Africains en Chine, d’autres, plus prudents, ont tout simplement appelé les ambassadeurs chinois pour demander des explications.

Le 13 avril, si le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Zhao Lijian, a déclaré publiquement que la Chine n’avait pas fait de discrimination à l’égard des étrangers, cela n’a pas suffi à calmer les esprits échauffés. Évidemment, cela pourrait avoir un impact négatif sur l’opinion africaine, voire mettre en danger la sécurité de nombreux Chinois qui travaillent et vivent en Afrique. Car d’autres vidéos circulent désormais, qui montrent cette fois des Africains en Afrique, expulsant, insultant (voire plus) des ressortissants chinois. La boucle de la bêtise et du racisme est donc bouclée !

Le rôle des médias occidentaux

Comme cela était malheureusement prévisible, les médias occidentaux se sont hâtés de jeter de l’huile sur le feu. En première ligne : la BBC et CNN, qui n’ont pas pu s’empêcher d’en rajouter, dans une tentative claire de saper les relations étroites de codéveloppement tissées entre la Chine et ses amis africains – des relations dont nous avons plusieurs fois, dans notre lettre, montré combien elles posaient problème à l’establishment anglo-américain.

Certains autres médias internationaux sont même allés jusqu’à la falsification de l’information, afin, clairement, d’attiser les haines entre communautés. Une vidéo montrant une agression au couteau a notamment beaucoup circulé – vidéo que j’ai moi-même reçue à plusieurs reprises de la part d’amis africains – jusqu’à ce que l’on s’aperçoive… qu’elle avait en réalité été filmée… dans le Bronx, à New York, devant un restaurant chinois ! Ce qu’a fini par préciser le site français 20minutes.

La Henri Jackson Society

Ne soyons pas stupides : derrière toute cette affaire se niche – à peine – l’œuvre de think-tanks très néoconservateurs. Le plus actif, proche du renseignement britannique, n’est autre que la Henry Jackson Society (HJS). Sans complexe, elle a carrément lancé un appel à mobiliser le monde contre la Chine !

Officiant en parallèle du Conseil de l’Atlantique à Washington, la Henri Jackson Society est allée jusqu’à organiser un forum virtuel sur la lutte contre la Chine, intitulé : « L’Alliance atlantique pendant la nouvelle ère de la concurrence entre grandes puissances » . Le thème? Les Britanniques doivent rassembler le monde occidental pour affronter la dictature autoritaire en Chine, qui utilise la technologie, le soutien médical et la construction d’infrastructures pour renverser le monde occidental – et imposer leur forme de contrôle social au reste du monde ! Les conférenciers : John Hemmings, directeur fondateur des études asiatiques au HJS ; Theresa Fallon, fondatrice et directrice du Centre très anti-Russie et anti-Chine pour les études Russie-Europe-Asie, à Bruxelles ; Jakub Janka, directeur exécutif d’European Values (un groupe basé à Prague tentant de faire cesser les projets d’infrastructure dans le cadre des accords « 17 + 1 » de la Chine en Europe centrale et orientale – des pays comme la Serbie, la Hongrie et l’Italie ayant été pointés du doigt à plusieurs reprises par celui-ci, pour avoir soi-disant succombé à cet ‘ignoble stratagème’ chinois).

C’est ainsi que Jakub Janka a énuméré les quatre objectifs supposés de la Chine, qualifiée de « force occupante », en Europe centrale et orientale : 1) forcer les pays à rompre leurs relations avec Taïwan ; 2) laisser la 5G de Huawei entrer partout pour espionner le monde ; 3) faire taire les plaintes contre la violation des droits de l’homme à Hong Kong, au Xinjiang ou en Chine en général ; 4) enfin, forcer les autres pays à blâmer un autre que la Chine – bien responsable et coupable, n’est-ce pas, du Covid !

Ne retrouve-t-on pas là de brumeux échos aux nombreuses rumeurs circulant sur les réseaux sociaux ? La conclusion de Jakub Janka : « C’est une nouvelle guerre froide, entre la Chine et le monde libre, peu importe comment vous l’appelez. C’est déjà là. » Et nous le savons tous: dans une guerre, même froide, tous les coups sont permis…

Conclusion

Ainsi, si nous condamnons avec fermeté et intransigeance les actes commis en Chine contre la communauté africaine, nous appelons à ne surtout pas se laisser manipuler par les va-t-en guerre occidentaux, déjà responsables, rappelons-le, de nombreux pillages et massacres sur le continent africain lui-même.

Comme le disait Martin Luther King : « Nous devons apprendre à vivre ensemble comme des frères, sinon nous allons mourir tous ensemble comme des idiots. »

A propos de Sébastien Périmony

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