Pourquoi les Nouvelles Routes de la soie ne sont pas une menace…

Ou comment sortir de la pensée binaire…


Alors que la visite de Xi Jinping en Europe officialise l’entrée de l’Italie dans le projet chinois La ceinture, la route (Nouvelle Route de la soie) et met à nouveau sur la table le potentiel de coopération en pays tiers, les Européens sortent les crocs, ressortant l’argument miroir de la Chine-Afrique. Pour nous, il s’agit d’une grossière erreur d’interprétation et surtout une faute stratégique majeure!


Le rôle de l’Institut Schiller dans les Nouvelles Routes de la soie


D’une part car nous travaillons avec l’Institut Schiller, qui défend depuis 30 ans ce projet pour une coopération internationale gagnant-gagnant entre Etats-nations souverains et émancipés, et ce tant auprès des non-alignés que de l’Europe, de la Russie et de la Chine. Nous sommes donc bien placés pour comprendre les enjeux et les intentions des acteurs! Et bien placés pour témoigner qu’à l’époque, autant qu’aujourd’hui, presque aucun pays d’Europe occidentale ne s’intéressa à un tel changement de paradigme…

Au moment de la chute de l’URSS, il s’agissait de faire tomber la logique de bloc et d’éviter l’effondrement des économies de l’Est sous les assauts libéraux de la finance occidentale; et ce, en lançant une nouvelle dynamique de co-développement et d’investissements productifs
Est-Ouest (« Triangle productif Paris-Berlin-Vienne », 1990). Cela échoua. Ensuite, dans un contexte de renouveau des relations sino-russes après la chute du mur de Berlin, et de la politique de triangle eurasiatique « Russie, Inde, Chine » du Premier ministre russe, Evgueni Primakov, une nouvelle tentative fut lancée à Beijing en 1996 sous le nom et le concept plus étendu de « Pont terrestre eurasiatique » (ou « Nouvelles Routes de la soie »). En raison des crises financières qui secouèrent l’Asie et la Russie, cela échoua. Enfin il s’agissait de travailler ensemble pour désenclaver et offrir une plateforme de décollage aux pays asiatiques et africains (« Pont terrestre mondial »). Malgré les échecs, durant toutes ces années, la Russie et la Chine se sont intéressées fortement aux propositions de l’Institut Schiller. En 2013, la Chine a relancé officiellement le projet des Nouvelles Routes de la soie et a réinvité l’Institut Schiller pour parler du Pont terrestre mondial.

La Chine ne pense pas comme nous. Quelle bonne nouvelle! Depuis Marco Polo, en passant par les jésuites et Leibniz, il y a eu de bons moments dans la coopération. Il ne faudrait surtout pas revenir aux attitudes des années sombres du colonialisme des XIXe et XXe siècles, quand les Occidentaux ont dépecé la Chine. En cette année du 55e anniversaire de l’ouverture des relations diplomatiques entre la France et la République populaire de Chine par de Gaulle, inspirons-nous plutôt de ce bel exemple!

Parce qu’il est particulièrement à même d’en expliquer les enjeux, tant d’un point de vue historique, géo-économique, industriel que culturel, l’Institut Schiller a produit ce dossier inédit de 500 pages: Les Nouvelles Routes de la soie, pont terrestre mondial: Pour en finir avec la géopolitique.

Je ne peux que vous inciter à vous le procurer, étant moi-même co-auteur de la partie Afrique du dossier.

LE SOMMAIRE
INTRODUCTION:
Un avenir partagé pour l’humanité / Réponse sommaire aux accusations occidentales contre la Chine et l’ICR: démêler le vrai du faux / Les lunettes de Tanxia / Le genèse d’un nouveau paradigme: 40 ans de combat des LaRouche et des non-alignés
LE RETOUR DES GRANDS PROJETS:
Corridors de développement proposés par la Chine / Le monde de demain en carte, 81 projets emblématiques d’impact global (sélection)
LA STRATEGIE FINANCIERE DE l’ICR (Une Ceinture Une Route)
LA METRIQUE DU PROGRES
LA CHINE, NOUVEAU PARADIGME: les secrets du « miracle économique chinois »
PROJETS ET PERSPECTIVES: UNE INITIATIVE QUI GAGNE LES CINQ CONTINENTS:
Asie de l’Est / Russie / Asie centrale / Asie du Sud / Asie du Sud-Ouest / L’Afrique / Europe / Amérique du Sud et Caraïbes / Amérique du Nord / Australie / La Nouvelle Route de la soie maritime du XXIe s.
LA FRANCE DANS LA DYNAMIQUE DE LA NOUVELLE ROUTE DE LA SOIE
LE CREDIT PRODUCTIF, PARI SUR L’AVENIR
LA RELANCE PAR l’INVESTISSEMENT PRODUCTIF: PRECEDENTS ET SOURCES D’INSPIRATION
2014-2018: RETROSPECTIVE SUR LE ROLE DES BRICS

Le point de vue (enfin) iconoclaste d’un Américain sur les Nouvelles Routes de la soie

Et parce que certains Occidentaux savent encore retirer les lunettes néo-coloniales de l’Europe et des Etats-Unis pour regarder l’avenir, je vous livre quelques extraits d’un article du célèbre chroniqueur Patrick Lawrence datant du 16 mai 2017, peu avant le Forum de Beijing sur la Ceinture la route. Il osa signer une tribune à rebrousse poil dans le grand hebdomadaire de la gauche américaine The nation, intitulée Comment la Chine bâtit le monde post-occidental.

 » Il m’arrive assez souvent, que ce soit dans ce journal ou ailleurs, de revendiquer avec véhémence, la si nécessaire « parité entre l’Occident et le Non-occident ». Atteindre cet objectif est pour moi l’urgence la plus brûlante de notre siècle si l’on veut remettre un peu d’ordre dans le foutoir actuel, erratique et dysfonctionnel, que nos responsables qualifient encore «d’ordre d’après-guerre », « d’ordre libéral » ou « d’ordre global » (Façon polie d’évoquer un « ordre conçu ou imposé par les Occidentaux »).

(…)

Les cliques occidentales, et celle de Washington avant toutes les autres, ont quatre réponses [au phénomène historico-mondial des Nouvelles Routes de la Soie, ndt] qui émerge : l’ignorer, l’écarter en l’accusant d’avoir de maigres chances de réussir, le décrédibiliser en le réduisant à la quête [égoïste chinoise] de ses propres intérêts ou à un complot pour accroître son pouvoir.

Barack Obama et Jack Lew, son secrétaire du Trésor, ont donné un parfait exemple de la première tactique lorsque, en 2015, ils ont refusé de rejoindre la Banque asiatique d’investissement dans les infrastructures (BAII), l’alternative de Beijing à la Banque mondiale et à son affilié asiatique à Manille. Une décision plus stupidement arrogante est difficile à imaginer. Pour l’heure, notre presse obéissante nous sert l’argument de «l’irréalisme» et du «cheval de Troie» – les deux scoops de la semaine !

Et lorsque les opportunités apparaissent, il y a toujours la quatrième réponse : subvertir par tous les moyens possibles tout effort visant à remplacer le désordre libéral occidental, comme si en retenant les aiguilles de la montre on pouvait arrêter le temps.

Gandhi a identifié le mieux ce phénomène (même si l’attribution de cette phrase est contestée) :

D’abord ils vous ignorent, ensuite ils vous ridiculisent, puis ils vous attaquent et enfin, vous gagnez !

(…)

Il s’agit presque certainement du programme d’infrastructures le plus important de l’histoire humaine, ayant pour but de construire des interconnexions entre la Chine, le Moyen-Orient, l’Europe et l’Afrique. Des rues adjacentes, pourrait-on dire, conduisent vers l’Asie du Sud et ailleurs. Il s’agit d’autoroutes, de chemins de fer, de centrales électriques, de ponts, de tunnels et de réseaux de communication. On dénombre actuellement pas moins de 1700 projets et la taille des sommes investies est époustouflante : entre financements publics et privés, partenariats, prêts, aide au développement, cela atteindra les millions des milliards de dollars !

Vous n’êtes pas obligé de me dire ce que vous avez lu sur la Ceinture et la Route ces derniers jours : je lis les mêmes choses. Le Financial Times est le seul journal occidental que je connaisse qui ait eu l’honnêteté de dire sur cette initiative : « Elle a le potentiel de faire quelque chose de réellement bien. » Pour le reste, la couverture de presse peut être réduite à une filouterie égoïste et irresponsable d’un type ou d’un autre, ou des deux.

Du point de vue idéologique on dira : la Ceinture et la Route « est un écran de fumée pour l’extension de la puissance chinoise ». Beijing « exporte son modèle de développement par le dirigisme étatique » ; elle contourne les « règles des institutions occidentales ». L’initiative consiste à « exercer de l’influence via les infrastructures ». Du côté des « motifs cachés et intéressés », on dira : « la Ceinture et la Route est, de façon inhérente, dans l’intérêt des acteurs économiques de la Chine ». La Chine « développe des marchés pour ses exportations ». Elle « lance des affaires qui profiteront à son secteur de la construction car son économie ralentit ». Du côté réaliste : « beaucoup de ces projets ne sont pas économiquement viables ». La Chine plombe des pays plus pauvres avec le fardeau d’une dette… Certains emprunts ne seront jamais remboursés… La Chine investit dans des marchés où il y a de la corruption… La Chine construit un chemin de fer au Kenya« qui facilitera l’entrée des produits chinois dans le pays ». (Voilà une réflexion ou deux pour vous…) Un autre chemin de fer, au Laos, fera perdre de l’argent pendant plus d’une décennie, etc., etc.

Plusieurs remarques :

Primo, (certes avec des exceptions), ceux qui sont en charge de la gestion des institutions américaines – les politiques, les clercs dans la presse – n’ont pas la moindre idée de la portée de ce dont nous sommes témoin ou ne peuvent tout simplement pas l’appréhender. Le pouvoir [mondial] mute, inexorablement. Ce n’est pas seulement parce que c’est comme ça que marchent les choses sur des longues périodes mais c’est aussi parce que l’Occident, toujours prisonnier de ce qui n’est autre qu’une conscience coloniale, n’a pas de réplique. Toute personne ayant vécu dans un pays en voie de développement et qui est une ancienne colonie comprend cela.

Quand les Etats-Unis ont-ils construit un chemin de fer dernièrement au Laos (abstraction faite des avantages offerts par la Chine pour le faire) ? Pensez à ce qu’un siècle de liens fraternels avec les États-Unis ont apporté aux Philippines : la pauvreté, la prostitution, la drogue, le crime, le désespoir, tous omniprésents. Ne vous étonnez pas que le président Duterte préfère passer son temps à Beijing – comme les Malaisiens, les Thaïlandais ou les Vietnamiens. Nous – et j’opère avec ce terme volontairement un raccourci – , ne pouvons pas comprendre un pays qui pense qu’un monde qui vivra moins dans le besoin nous mènera bien d’avantage vers l’ordre qu’une domination sans prise en compte sérieuse des besoins.

Secondo, tant que nous nous perdons dans les problèmes potentiels posés par l’initiative chinoise, nous ne prendrons pas conscience du cœur de ses motivations. Existe-t-il un intérêt égoïste dans le grand dessein de la Chine ? Existe-t-il des risques ? Est-ce que certains projets peuvent échouer ? Les entreprises chinoises feront-elles de l’argent ? La réponse est oui à chaque fois. Et alors ?

La Chine voit aussi un avantage dans la prospérité des autres et cette pensée outrepasse les autres de plusieurs ordres de grandeur. Pour les réductionnistes, il s’agit évidemment de l’intérêt purement égoïste des Chinois.

Tertio, les critiques occidentales contre le plan « Une ceinture, une route » de Xi Jinping se comprennent mieux si on les voit comme un miroir. Le fait d’imposer une idéologie, « le modèle chinois », serait donc un impératif du genre « soyez comme nous » ? La projection de puissance sur d’autres peuples ? Des prêts et des projets de développement structurés à l’avantage de la nation dominante ? Des « conditionnalités » façon institutions multilatérales occidentales ? La promotion de la corruption pour étendre son influence ? La menace d’une intervention ? Inversez chaque accusation et vous obtenez un tableau de la politique occidentale, les États-Unis en étant depuis 1945 les praticiens les plus accomplis.

Quand on compare le bilan de la Chine dans ces domaines avec celui des Etats-Unis et de leurs proches alliés de la zone atlantique depuis les complications provoquées pour tous par la guerre froide, on peut dire qu’il n’y a pas photo.

Rappelons-nous les « Cinq principes » évoqués par Zhou Enlai (aux cotés de Nehru) lors de la conférence de Bandung en 1955, dont celui, subsumant les quatre autres, de la non-ingérence. Xi les a quasiment récités cette semaine à Beijing [le 14 mai 2017, lors du sommet sur le projet « Une ceinture, une route »]. (…)

Beaucoup de gens, trop engoncés dans l’idéologie occidentale et ses multiples aprioris, sont mal à l’aise avec l’idée que des nations telles que la Chine commencent à mettre fin à des siècles d’hégémonie atlantique. Le défi est de comprendre qu’il existe des approches alternatives qui font appel autrement à vos sensibilités, qu’il existe d’autres idées de la démocratie, de la place de l’État et de l’individu dans la société, de la valeur des biens publics, des limites du marché, etc.

En clair, il s’agirait du « développement comme liberté », comme le plaidait Amartya Sen dans un livre éponyme paru au tournant du siècle dernier. Les Occidentaux ne sont pas habitués à penser en ces termes. La plus grande partie du monde y reste obligé.

L'Afrique: voilà la vraie menace des Nouvelles Routes de la soie (pour l'Occident)!
Voilà la vraie menace des Nouvelles Routes de la soie (pour l’Occident)!


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