Investissements chinois et industrialisation de l’Afrique

Contribution de Fred EKA (*), Avril 2020

La Chine soutient les pays africains dans leur processus d’industrialisation. Le cas de la CNPC (China National Petroleum Company) au Soudan est révélateur. Elle a créé une industrie pétrolière moderne avec des hautes technologies de façon à intégrer plusieurs entreprises de services et fabrication dans leurs activités, avec plus de deux cent entreprises de traitement du plastique et déchet.

Les pays africains doivent-ils privilégier l’industrie lourde ou légère ? De nombreux pays d’AfSS (Afrique sub-saharienne), conditionnent leur développement industriel notamment les industries énergétiques (le bois,
charbon, électricité…), sidérurgiques, métallurgiques, chimiques, pétrochimiques et industries à base de matières premières. Il y’a un consensus sur le modèle du parc industriel qui serait le moyen le plus efficace pour promouvoir l’industrialisation de l’Afrique. Or l’exemple du Soudan montre que les deux cent entreprises de traitement du plastique ne sont ni regroupées dans un parc industriel, ni la conséquence d’un « transfert de capacité de production » mais sont le fait d’un dynamisme local endogène.

Et donc, par quel moyen devrait se faire l’industrialisation des pays d’AfSS ?

Reprenons les grandes lignes du discours de Mao zedong en 1956 sur l’expérience réussie de son industrialisation qui établit un lien entre, l’industrie lourde, légère et agriculture. « L’industrie lourde est l’élément primordial de la construction nationale, il faut en priorité développer la production des moyens de production » (1). Si l’Afrique n’est pas suffisamment développée dans la sidérurgie même les clous devront être exportés alors comment industrialiser nos territoires ? Sans parler d’autres secteurs
comme la, mécanique, l’automobile…

Pourquoi l’apport industriel de la Chine à l’Afrique devrait-il être bénéfique? Il convient de rappeler que, l’industrialisation de la Chine s’est amorcé dans les années 1950 avec le premier plan quinquennal conçu avec l’aide de l’URSS. Le XIIIe plan quinquennal chinois (2016-2020), a fait ressortir que la Chine « soutiendrait gratuitement les PED [pays en développement] par la formation et le conseil en matière de ressources humaines, de planification et de politique économique » (2)

Cela voudrait dire que les autorités chinoises vont soutenir les objectifs de développement des pays africains en s’appuyant sur leurs plans respectifs de développement. Le Rapport sur le développement de l’investissement chinois à l’étranger (2018) publié par le MOFCOM (3), nous clarifie davantage sur le rôle de l’IDE chinois en Afrique.

Le graphique [A] montre qu’en 2017, 79,8% de l’IDE chinois dans le monde a est très orienté vers le secteur tertiaire, 18,6% dans le secteur secondaire. Rappelons que la définition chinoise du secteur secondaire diffère de celle adoptée par l’INSEE (4) pour laquelle le secteur secondaire regroupe l’ensemble des activités consistant en une transformation plus ou moins élaborée des matières premières (industries manufacturières ET construction). La définition chinoise ne retient ici que les industries manufacturières. S’il faut confronter les données, il faudrait donc transférer la construction du secteur tertiaire au secteur secondaire ; les proportions seraient alors respectivement de 75,7% et 22,7%, ce qui ne contredit pas la préférence chinoise pour les investissements dans le secteur tertiaire.

A. Investissement direct étranger chinois par secteurs d’activité dans le monde

Le graphique[B] complète le premier graphique et montre la répartition des entreprises chinoises en fonction de leur activité originelle. En 2017, les entreprises investisseuses dont le secteur originel relève de l’industrie manufacturière représentaient moins du tiers des entreprises qui investissent à l’étranger (31,8%). En d’autres termes, ces entreprises n’investissent pas dans le secteur manufacturier, mais bien plutôt dans des établissements de commercialisation de leur production ou encore réalisent des investissements spéculatifs à l’étranger.

B. Répartition des investisseurs chinois en fonction de leur activité originelle (2017)

Ce faisant, l’Afrique tire t-elle un avantage ? Le graphique[C] indique qu’en 2017, le stock d’investissement chinois dans l’industrie manufacturière en Afrique représenterait 13,2% du stock total de l’IDE chinois en Afrique, près du double de la part moyenne (7,8%) mais très inférieure à celle dans le stock total de l’IDE chinois en Europe (30,8%) ou en Amérique du Nord (22,4%) (voir tableau ci-dessous). Sans doute les investissements manufacturiers en Afrique sont-ils moins capitalistiques que ceux effectués dans les régions citées. Toutefois, 13,2% de 2,4% (la part du stock d’IDE chinois en Afrique relativement au stock total d’IDE chinois dans le monde) ne donnent que 0,3% du stock total d’IDE chinois dans le monde. En d’autres termes, les firmes chinoises n’accordent pas une priorité à investir dans le secteur manufacturier en Afrique (5).

C. Stocks d’investissements chinois en Afrique par secteur en 2017

Le graphique[D] résume les relations économiques entre la Chine et l’Afrique en 2017 et confirme que ces relations ont une préférence pour le commerce et non l’investissement.

D. Bilan des relations sino-africaines en 2017

* Université de Pau et des Pays de l’Adour, UFR Droit, Economie et Gestion, Avenue du Doyen Poplawski – BP 1633, 64016 PAU Cedex. Enseignant Chercheur à l’Université de Douala, Faculté de Sciences Economiques et de Gestion Appliquée, BP 4032 Douala-Cameroun. Groupe de Recherche en Economie et Gestion (GREG), Laboratoire d’Economie Théorique Appliquée (LETA). Email : ekafred@gmail.com

[1] Lire 毛泽东选集》第五卷,北京人民出版社, 1977,p. 268
[2] http://politics.people.com.cn/n/2015/1103/c1001-27772701-6.html
[3] http://images.mofcom.gov.cn/fec/201901/20190128155348158.pdf
[4] https://www.insee.fr/fr/metadonnees/definition/c1428
[5] https://www.odi.org/publications/10984-adjusting-rising-costs-chinese-light-manufacturing-whatopportunities-developing-countries

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