Dora Muanda : rendre la science au peuple!

Cette semaine, nous avons la joie de partager avec vous notre interview de Dora Muanda, directrice scientifique de la Semaine de la Science et des Technologies en République démocratique du Congo.

L’interview est sorti le 1er septembre 2021 dans le hors-série #9 de ma lettre stratégique Voir l’Afrique avec les yeux du futur. Pour obtenir la version pdf de l’interview c’est là).

Sébastien Périmony : Bonjour Madame Dora Muanda. Nous sommes ravis que vous ayez accepté de répondre à quelques-unes de nos questions. Vous avez récemment fait l’objet de divers articles en tant que directrice scientifique de la Semaine de la Science et des Technologies en République démocratique du Congo. Pourriez-vous, pour commencer, vous présenter à nos lecteurs ?

Dora Muanda : Avec plaisir ! Je suis avant tout une passionnée des sciences et de l’enseignement. J’aime voir les personnes autour de moi se construire de nouvelles compétences dans ce domaine.

Quels sont les objectifs de cette Semaine de la Science et des Technologies de Kinshasa ?

Nous pensons que la capacité d’une nation à mobiliser ses savoirs et savoir-faire est une forme de richesse que nous aurions tort de négliger ! À travers la Semaine de la Science et des Technologies, nous voulons offrir un temps et un espace où la culture scientifique peut prendre plus de place. Nous espérons ainsi non seulement promouvoir le goût des sciences auprès de la jeunesse, mais aussi créer une mentalité qui encourage la créativité et l’innovation.

Pouvez-vous nous en dire plus sur le déroulement de cette semaine, les moments forts, le public et la manière dont est accueillie cette initiative ?

Nous avons commencé il y a 8 ans avec Raissa Malu, la capitaine de cette initiative. Chaque année, nous choisissons un nouveau thème qui servira de fil rouge pour une édition. En plus des ateliers où les visiteurs sont invités à manipuler pour réaliser différentes expériences, nous proposons des sessions de conférences où la parole est donnée à des experts nationaux et internationaux. Et nous proposons enfin une partie « exposants » où les entrepreneurs, autant privés que publics, peuvent s’offrir l’opportunité d’expliquer à un public plus large en quoi leurs activités sont un plus pour le pays.

Nous avions interviewé Dr Marie Korsaga, connue pour être la première femme astrophysicienne d’Afrique de l’Ouest ; or nous savons que les enjeux de diversité et de représentation dans les études scientifiques et technologiques vous tiennent particulièrement à coeur. Où en est-on en République Démocratique du Congo ?

Il est malheureusement encore très difficile pour les femmes en général d’assumer des études et une carrière scientifique. Socialement parlant, les clichés ont la peau dure, mais nous avons mis en place un partenariat avec le réseau Sultani Makutano de Nicole Nsulu, pour soutenir les jeunes femmes dans leurs ambitions scientifiques. Et nous sommes de plus en plus nombreux à nous attaquer à cette discrimination basée sur le genre. Récemment, Clarisse Falanga a lancé sa Foire d’innovations scientifiques et technologiques au féminin à Kinshasa. En dehors de la capitale congolaise, je peux aussi citer l’équipe de Sammy Mwamba qui, à travers Itot Africa, encourage notamment les jeunes femmes à se lancer dans les métiers liés aux digitales, ainsi que l’équipe de Joséphine Ndeze, notre Miss geek Africa et ambassadrice du Next Einstein Forum, qui forme et touche, à travers Uptodate, la jeunesse congolaise aux technologies de la communication. La route est encore longue, nous avons besoin d’encore plus de rôles modèles pour inspirer les générations dans le domaine des STEM, la progression est lente, mais certaine !

« Il est impossible d’être mathématicien sans avoir l’âme d’un poète » disait Sofya Kovalevskaya, que vous avez reprise dans l’une de vos vidéos pédagogiques : « Dévoilons les Maths 4 : Maths et art ». Est-ce à dire que pour vous l’éducation est un art ?

Pour la petite anecdote, la chambre d’enfants de Sofya Kovalevskaya avait été tapissée avec les feuilles des cours de maths de son père ; c’est en admirant ces drôles de symboles sur ses murs que la curiosité l’a piquée, jusqu’au point de devenir plus tard une grande mathématicienne. L’art est effectivement un canal puissant pour l’éducation, il a l’avantage de regrouper plusieurs domaines techniques et technologiques différents. Pour moi, on peut définitivement faire de grands chefs-d’oeuvre à travers l’éducation.

Quels sont vos futurs projets pour la vulgarisation des sciences auprès des jeunes Congolais(e)s ?

Sachez qu’une fois qu’une édition de la semaine de la science se clôture, on pense déjà à la suivante ! Rendez-vous en avril 2022 pour la 9e édition ! Et d’ici là, je prépare encore podcasts et vidéos didactiques en sciences de la vie et de la terre, correspondant au programme officiel congolais de dernière année des humanités scientifiques, afin d’offrir d’une part une ressource pédagogique pour les enseignants, et d’autre part vulgariser et contextualiser la matière à maîtriser pour les examens d’Etat.

Pour conclure, notre question traditionnelle : c’est quoi pour vous, « Voir l’Afrique avec les yeux du futur » ?

C’est arrêter de voir l’Afrique sans voir les Africains. Le monde devra désormais tenir compte des Africains dans toutes leurs nuances, leurs particularités, leurs créativités et leurs innovations. Les enjeux des défis de demain sont trop importants et complexes pour se priver de la perspective avec laquelle les Africains voient et interagissent avec le monde.

Pour en savoir plus sur la Semaine de la Science et des Technologies en RDC : https://www.semainedelasciencerdc.org

Ici Dora Muanda faisant émerger l’Afrique dans une expérience lumineuse…

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