CORONAVIRUS, EBOLA: GAGNER DE L’ARGENT SUR LES ÉPIDÉMIES, C’EST POSSIBLE…

Par Sébastien Périmony

En plein COVID-19, à l’heure où le monde entier retient son souffle, nous apprenons via le site BFM Bourse, en date du 26 février, que «LA VALEUR DES OBLIGATIONS PANDÉMIE DÉVISSE AVEC LE CORONAVIRUS»

Les abonnés à la lettre stratégique « Voir l’Afrique avec les yeux du futur » savent déjà de quoi il s’agit. Nous publions l’article que nous avions rédigé pour la lettre #36 sur le sujet le 24 juillet 2019. Pas encore abonné ? RDV ici: https://www.afriquedufutur.com/boutique/

De l’esprit pasteurien, la Banque mondiale en est à dix mille lieux, comme nous allons le voir.

Jacques Attali ne pouvait pas mieux résumer le cynisme dans laquelle elle et ses acolytes des marchés se sont vautrés, en déclarant en 2015 : « L’ordre polycentrique n’est pas capable d’installer un ordre de droit mondial alors que le marché s’installe, lui, mondialement. Alors on aura un marché sans règle de droit, ce qui va entraîner deux évolutions. La première c’est que le marché va s’étendre vers des secteurs auxquels jusqu’à présent il n’avait pas accès, tels que la santé, l’éducation, la justice, la police, les affaires étrangères. Et parallèlement, dans la mesure où il n’y a pas de règle de droit, le marché va s’étendre à des domaines aujourd’hui considérés comme illégaux, criminels, comme la prostitution, le commerce des organes, le commerce des armes, le racket, etc. » (1)


Et voici donc qu’au printemps 2017, soit deux ans après le déclenchement de la fièvre hémorragique, la Banque mondiale émettait des nouvelles obligations, les « Pandemic Emergency Financing Facility », explicitement liées à des épidémies comme Ebola. C’est ce que nous apprenait Guillaume Lachenal, historien de la médecine et maître de conférences à l’université Paris-Diderot et à Science Po Paris, dans une tribune intitulée « Tombola Ebola », en juin 2018. L’article a été publié dans le Figaro : « Le succès a été au rendez-vous, les différents produits (IRB, CAR 111 et 112) ont attiré les investisseurs, avec plus de 400 millions de dollars (341 millions d’euros) d’obligations émises, rémunérées entre 6 % et 11 % par an, selon les virus et les pays couverts. La Banque mondiale disposera d’une réserve de fonds immédiatement utilisable pour aider les organisations humanitaires et les États à intervenir. » Pour Lachenal, c’est clair : « L’épidémie qui touche la République Démocratique du Congo est devenue un produit financier (…). »

Bonds sur les épidémies: c’est quoi vraiment le problème?

Premièrement cela ne remplacera jamais un système de santé universel moderne à l’échelle nationale, centralisant, répartissant, appliquant le principe du droit d’accès aux soins pour tous. Une institution d’envergure comme la Banque mondiale (qui sur ce sujet prend d’ailleurs la place de l’OMS), devrait promouvoir cette approche. Deuxièmement, cela freinera tout effort et tout investissement volontariste en vue d’accéder aux découvertes fondamentales permettant la guérison, l’éradication, et la prévention systémique des pandémies. Nous entrons donc dans l’institutionnalisation du principe de l’attentisme. Et comme on l’a vu dans le cas de Haïti par exemple, une fois la catastrophe prévisible arrivée, l’on saupoudre d’aides financières – aides qui la plupart du temps sont d’ailleurs détournées.


Deuxièmement, comme le remarque Lachenal, le principe de l’assurance fait que « l’absence d’épidémie revient à faire rémunérer des investisseurs privés par l’aide publique au développement, et donc à faire du risque pandémique un nouveau domaine de profit et de privatisation de la richesse, alors même que la survenue des épidémies est liée directement à l’effondrement des systèmes de santé publique des États africains, sous le coup des réformes néolibérales imposées dans les années 1990 par… les marchés financiers et la Banque mondiale » ! La boucle est bouclée. Exactement comme pour les guerres au Moyen-Orient : un complexe militaro-financier gagne beaucoup d’argent par la vente d’armes en allant détruire un pays au nom de la démocratie, et des lobbys des travaux publics et de l’exploitation des matières premières se gavent dans le cadre de programmes dits de reconstruction !


6 % à 11 % : autrement dit sur les 400 millions de dollars « investis », les investisseurs privés peuvent gagner, dans le cas où il n’y a pas d’épidémie, entre 24 et 44 millions de bénéfices net ! Le tour est joué. Sans compter, nous apprend l’auteur, que les conditionnalités imposées par les investisseurs pour déclencher le processus de remboursement sont extrêmement rigoureuses. Autrement dit, tout est fait pour ne pas payer en cas d’épidémie.


Conclusion : « Les marchands de peur proposent des assurances contre la peur – un peu comme si votre voisin du dessus ouvrait grand ses robinets avant de venir vous vendre une assurance dégâts des eaux. Le pire étant qu’il faudrait en plus le remercier pour sa contribution au bien-être de l’humanité. Bienvenue dans le monde merveilleux de la finance altruiste. »

1 Interview vidéo par le Musées royaux des Beaux-
Arts de Bruxelles, 2015.

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2 comments

  1. Intéressant.

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