Obsèques de Kofi Annan : rappelons ses positions courageuses à l’ONU

 

En ce 13 septembre, jour des obsèques au Ghana de Kofi Annan, ancien secrétaire général des Nations Unies, le meilleur hommage que nous pouvions lui rendre est de rappeler ses prises de positions courageuses.

Et notamment celle, le 23 septembre 2003, à l’égard de la position des alliés anglo-américains au sujet des soi-disant « armes de destruction massive » en Irak (et dont on connaît la triste issue). C’était il y a 15 ans, à l’ouverture de l’Assemblée générale annuelle des Nations Unies.

A quelques jours de l’AG 2018 de ces mêmes Nations Unies, espérons qu’une dénonciation aussi audacieuse pourra être prononcée à l’égard, là encore, d’accusations occidentales de recours à des armes chimiques… cette fois pointant le gouvernement Bachar el-Assad et menaçant de différer à nouveau la fin de la guerre en Syrie.

« Il y a trois ans, avait déclaré Annan (…), il semblait que nous avions une vision commune de la solidarité mondiale et de la sécurité collective, exprimée dans la Déclaration du millénaire. Toutefois, suite aux événements récents, ce consensus est aujourd’hui mis en question. » Passant en revue les « nouvelles formes de terrorisme et la prolifération des armes de destruction massive », ainsi que d’autres menaces, le secrétaire général a rappelé le consensus général selon lequel ces menaces représentent un danger pour chaque nation. « Le désaccord, semble-t-il, concerne la manière dont nous réagissons à ces menaces. »

« Depuis la fondation de notre organisation, les Etats ont généralement essayé de faire face aux menaces contre la paix en ayant recours à l’endiguement et à la dissuasion, grâce à un système fondé sur la sécurité collective et la Charte des Nations Unies. L’article 51 de la Charte stipule que tous les Etats, s’ils sont l’objet d’une agression armée, peuvent exercer leur droit naturel de légitime défense. (…)

« A l’heure actuelle, certains prétendent que cette interprétation n’est plus valable, étant donné qu’une « agression armée » au moyen d’armes de destruction massive pourrait être lancée à tout moment, sans avertissement, y compris par un groupe clandestin. Plutôt que d’attendre que cela se produise, affirment-ils, les Etats ont le droit et l’obligation d’employer la force d’une manière préemptive, même sur le territoire d’autres Etats, et même lorsque les armements qui pourraient être utilisés pour les attaquer sont encore au stade de la mise au point (…) Cette logique constitue un défi fondamental aux principes sur lesquels, même si cela ne l’était que d’une manière imparfaite, la paix et la stabilité mondiales ont été fondées depuis 58 ans.

« Ce qui m’inquiète c’est que, si cette logique était adoptée, elle pourrait créer des précédents conduisant à la multiplication de l’usage unilatéral de la force, avec ou sans justification crédible. (…)

« Excellences, nous sommes à la croisée des chemins. Nous vivons peut-être un moment tout aussi crucial qu’en 1945, lorsque l’Organisation des Nations Unies a été fondée. A l’époque, un groupe de dirigeants clairvoyants, menés et inspirés par le président Franklin D. Roosevelt, étaient résolus à faire en sorte que la seconde moitié du XXe siècle soit différente de la première. Conscients que l’espèce humaine ne disposait que d’un seul monde pour vivre, ils avaient compris qu’à moins de gérer plus sagement ses affaires, l’humanité risquait de disparaître. Ils ont donc élaboré des règles régissant le comportement international et ont mis en place un réseau d’institutions, dont l’Organisation des Nations Unies était le centre, dans le cadre duquel les peuples du monde entier puissent œuvrer de concert dans l’intérêt commun. »

Crédit photo Bénin Web TV

Répondre

Votre adresse email ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont marqués d'une étoile *

*

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.