MANUFACTURES AU KENYA «BIG 4 AGENDA»

La prochaine révolution en Afrique ? la révolution manufacturière ! A l’image, au XIXe siècle, de la révolution américaine qui s’érigea contre le statut des États-Unis à l’époque vulgaire colonie britannique n’ayant droit qu’à l’exportation de ses matières premières (coton, etc.) et non leur transformation sur place. Hier comme aujourd’hui, il est essentiel de lire et relire le Rapport sur les manufactures de 1791 d’Alexander Hamilton, premier secrétaire au Trésor américain.

Hamilton aida Toussaint Louverture a rédiger la constitution de l’île d’Haïti (qui allait devenir la première République d’anciens esclaves africains) mais en inspira beaucoup d’autres, directement ou indirectement, du
travail du chancelier Bismark pour le développement économique et social de l’Allemagne jusqu’au combat révolutionnaire du président chinois Sun Yat-sen. Pour avoir osé livrer les fondamentaux de l’émancipation économique de toute nation, il fut assassiné. Son Rapport sur les manufactures est enfin disponible en français depuis 2018 (1).

C’est en cela que nous nous réjouissons du rapport sur les manufactures rédigé par l’association kenyane KAM (Kenya Association of Manufacturers) (2), dont nous avons traduit en exclusivité quelques extraits en français :
« C’est un fait indéniable que seulement très peu de pays dans le monde ont réalisé des taux de croissance économique et des revenus élevés sans que le secteur manufacturier n’ait joué un rôle central. L’industrie manufacturière est le moteur essentiel de la croissance économique et du développement, de la création d’emplois et de la réduction de la pauvreté. Historiquement, la contribution du secteur manufacturier dans l’économie du Kenya a stagné autour de 10 % du Produit Intérieur Brut (PIB). Elle était d’environ 8,4 % en 2017. Mais le secteur manufacturier suscite un regain d’intérêt : le
« Big 4 Agenda » vise à porter la part de ce secteur dans le PIB à 15 % d’ici 2022.»

« Pour l’Association des manufactures kenyanes (KAM) et de manière générale, il existe quatre ingrédients clés pour une industrie manufacturière florissante au Kenya. Le premier est la compétitivité, qui prend en compte le fait que la mondialisation de l’économie et la réduction des barrières commerciales résultent de négociations commerciales multilatérales et bilatérales (…) Une main-d’oeuvre productive et des systèmes efficaces de logistique et de transport autour d’une région progressivement intégrée sont des conditions préalables importantes (..) Enfin, les fabricants ont besoin d’un environnement politique prévisible et stable en raison de la nature de la production nécessitant une planification à long terme. »

« Ce rapport, réalisé avec le soutien technique et consultatif du Kenya Business Guide et l’effort de l’Association des manufactures du Kenya (KAM), vise à mettre en regard les préoccupations communes à tous les sous-secteurs manufacturiers afin de soutenir le Big 4 Agenda. Il tente de fournir des perspectives industrielles et manufacturières au service de l’élaboration de politiques et de stratégies, tout en émettant des suggestions d’intervention, tant au niveau sectoriel que macro-industriel. »
« Sur le programme pour les manufactures du gouvernement du Kenya Big 4 Agenda, le textile, l’habillement et le secteur du coton ont été identifiés comme des priorités absolues, ayant un potentiel de forte croissance et un réel impact économique. En 2022, les investissements cumulés dans le sous-secteur seront ciblés pour atteindre 2 milliards de dollars, avec 500 000 nouveaux emplois dans le coton et 100 000 dans les usines d’habillement. Cet objectif doit être atteint, en partie, par le biais de politiques incitatives, comme la construction de 460 000 m2 de hangars industriels, la plantation de 200 000 ha de coton et la formation de 50 000 jeunes et de femmes dans ce secteur. »

Le rapport estime que le Kenya regroupe actuellement 40 000 petits producteurs de coton (contre 200 000 dans les années 1980). Il souligne que le pays est devenu importateur de coton, la demande intérieure étant devenue supérieure à la production. Un autre secteur fondamental mis de l’avant dans ce rapport est celui de la production alimentaire :

« BIG 4 agenda pose comme objectif de faire passer de 16 à 50 % la participation du secteur agroalimentaire dans le PIB, avec la création 1000 petites et moyennes entreprises, devant elles-mêmes générer une partie des 200 000 emplois censés être créés. Enfin il faut faire un bilan sur le thé, le café, le sucre, la viande, la chaîne de produits laitiers et de cultures ainsi que le développement de sites d’entreposage et d’une chaîne du froid. »
Dans le secteur de la papeterie, « le ministère de l’Industrie estime que la consommation totale de papier et de carton au Kenya augmentera d’environ 4,4 % par an jusqu’en 2020. Sur les 20 000 employés travaillant dans ce secteur en 2010, environ 8 % étaient des professionnels et autres cadres de gestion, 81% des ouvriers qualifiés, tandis que les travailleurs sans compétences constituaient environ 13 % du total des emplois dans ce sous-secteur. »

« Avec le programme du gouvernement BIG 4 agenda, d’ici à 2022, les investissements destinés à l’exportation du cuir devraient bénéficier d’une augmentation et passer de 140 millions à 500 millions de dollars. Le secteur aura pour but de fabriquer 20 millions chaussures et créer 50 000 nouveaux emplois. Cet objectif sera atteint par la mise en place et la formation de 5 000 industries artisanales, l’achèvement du Machakos Leather Park et l’aménagement de trois autres parcs destinés à l’industrie du cuir. » De nombreux autres secteurs sont détaillés dans ce rapport : industrie automobile, pêche, métallurgie, industrie pharmaceutique, travaux publics, etc. (2)

La prochaine révolution en Afrique ? la révolution manufacturière !

1) Rapport sur les manufactures, Alexander Hamilton : https://www.solidariteetprogres.org/documents-de-fond-7/economie/Alexander-Hamilton-rapport-manufactures.html
2) L’intégralité du rapport du KAM en anglais est accessible ici : file:///S:/Afrique/K%C3%A9nya/KAM-Manufacturing-Deep-Dive-Report-2018.pdf


Cet article est extrait de la lettre hebdomadaire du 30 Octobre 2018

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