Le nucléaire : une part de la réponse à la pénurie d’électricité en Afrique sub-saharienne ?

Nous publions ici une traduction en français d’un article de Isabel Bosman paru sur le site du think tank SAIIA (South African Institute of International Affairs). Nous la remercions de nous avoir donner son accord ainsi que les responsables du site du SAIIA. L’article original est disponible ici : article en anglais

Dans cet article d’opinion, Isabel Bosman, du think tank SAIIA (South African Institute of International Affairs), soutient que, malgré ses écueils, le nucléaire reste une voie à explorer pour combler le déficit d’approvisionnement en électricité de l’Afrique subsaharienne.

Au niveau mondial, l’approvisionnement en électricité est vital. Sans elle, le développement social, économique et humain moderne est impossible. Cependant, il apparaît clairement depuis les dernières décennies que les sources d’électricité ne peuvent rester les mêmes dès lors que les économies sont en constante expansion et que les populations augmentent. La pollution permanente et les dommages à long terme causés par la combustion de combustibles fossiles sont insoutenables, tandis que les énergies renouvelables sont limitées dans le secteur énergétique mondial. Un changement radical dans la façon dont l’électricité est produite est donc non seulement nécessaire, mais attendu depuis longtemps. Dans le contexte africain, l’énergie nucléaire constitue une option viable, notamment en Afrique subsaharienne. En effet, l’énergie nucléaire est personnalisable et peut être adaptée aux besoins spécifiques et à l’infrastructure électrique existante des différents pays, elle complète les sources d’énergie renouvelables et constitue une option plus propre que les combustibles fossiles.

Bien que le continent dispose de vastes réserves de combustibles fossiles (notamment de charbon et de pétrole) et de nombreuses sources d’approvisionnement en hydroélectricité, le secteur énergétique de l’Afrique subsaharienne reste l’un des plus sous-développés au monde. On estime que seulement 47,9 % de la population de la région avait accès à l’électricité en 2019, alors que la moyenne mondiale est de 90 %. Ce déficit d’électricité est l’une des principales motivations des pays d’Afrique subsaharienne à ajouter de nouvelles sources d’électricité, comme l’énergie nucléaire, à leur mix énergétique. Les États africains s’efforcent également d’atteindre les objectifs de développement durable des Nations unies, qui incluent l’accès à une énergie durable et fiable.

Les sources d’énergie existantes font défaut aux communautés d’Afrique subsaharienne, car celles qui ont accès à l’électricité doivent régulièrement faire face à des coupures de courant. Cela peut avoir des conséquences dévastatrices pour l’économie. En moyenne, les coupures de courant entraînent des pertes de revenus pouvant atteindre 6 % pour les entreprises formelles et 16 % pour les entreprises informelles en Afrique subsaharienne. Le Ghana, un pays qui se bat pour son approvisionnement en électricité depuis les années 1980, a enregistré l’une de ses pires pertes de PIB en 2014 – 680 millions de dollars – en raison de pannes de courant récurrentes.

Le Ghana s’appuie en grande partie sur l’énergie hydraulique, mais a subi une série de sécheresses qui ont mis à rude épreuve son secteur de l’électricité. Cette situation va sans doute s’aggraver avec l’accélération du changement climatique. Le pays a jeté son dévolu sur l’énergie nucléaire et est en passe d’atteindre son objectif d’exploiter une centrale nucléaire d’ici 2030. Actuellement, l’Afrique du Sud est le seul pays à exploiter une centrale nucléaire sur le continent, tandis que l’Égypte est en train d’en construire une. D’autres pays africains, dont l’Algérie, le Kenya, le Maroc, le Niger, le Nigeria, le Soudan, la Tunisie, l’Ouganda et la Zambie, ont également demandé à l’Agence internationale de l’énergie atomique de les aider à mettre en place des programmes d’énergie nucléaire.

La population d’Afrique subsaharienne devrait augmenter considérablement au cours des prochaines décennies pour atteindre plus de deux milliards d’habitants en 2060. Il est donc impératif que ces États se tournent vers des sources d’énergie alternatives pour subvenir aux besoins de leurs populations en expansion et pour s’assurer que leurs économies ne soient pas laissées pour compte. La science et la technologie nucléaires contribuent déjà de manière significative au développement humain en Afrique grâce à leurs utilisations dans les domaines de la santé, de l’agriculture et de la recherche. L’Afrique étant déjà familiarisée avec ses utilisations pacifiques, l’énergie nucléaire est la prochaine étape logique pour le continent.

Mais l’énergie nucléaire n’est pas une solution parfaite. Les États qui l’envisagent doivent également reconnaître ses écueils. La construction d’une centrale nucléaire est coûteuse, et de nombreux pays africains devraient conclure des accords de prêt dont le remboursement pourrait prendre des décennies. C’est pour cette raison que l’Afrique du Sud a abandonné ses plans pour un nouveau programme de construction nucléaire en 2017. Bien que l’exploitation d’une centrale nucléaire soit plus écologique que l’utilisation du charbon, les déchets nucléaires peuvent être nocifs pour toute forme de vie pendant des milliers d’années s’ils ne sont pas traités et stockés de manière appropriée. Les catastrophes nucléaires comme Tchernobyl et Fukushima Daiichi rappellent avec force certains des plus grands dangers liés à l’exploitation des centrales nucléaires. C’est pour cette raison que la sûreté et la sécurité nucléaires devraient être prioritaires et faire partie du programme d’énergie nucléaire d’un pays dès son lancement. En outre, il est également possible que le combustible des centrales nucléaires, le plus souvent de l’uranium ou du plutonium, soit enrichi au-delà des niveaux privilégiés pour la production d’électricité afin de créer des armes nucléaires.

Les pays africains prennent la menace des armes nucléaires au sérieux, comme en témoigne le fait que le continent soit la plus grande zone exempte d’armes nucléaires au monde. Cet engagement est affirmé par le traité de Pelindaba, qui célèbre cette année le 25e anniversaire de son ouverture à la signature. De nombreux États africains se sont également engagés à respecter les instruments internationaux de non-prolifération nucléaire en prenant part au traité historique de non-prolifération des armes nucléaires ainsi qu’au traité sur l’interdiction des armes nucléaires, récemment entré en vigueur. Il s’agit d’une déclaration puissante à l’heure où les États dotés d’armes nucléaires dans le monde affichent des taux de dépenses alarmants pour ces armes.

Pour améliorer la croissance économique et la vie de ses habitants, il est important que les pays d’Afrique subsaharienne s’emploient activement à améliorer l’accès à l’électricité. Compte tenu de la pénurie d’énergie qui sévit dans la région et des problèmes rencontrés avec les sources d’électricité actuelles, l’énergie nucléaire est une piste à explorer. Mais les États doivent être pleinement conscients des dangers et des risques associés à la construction d’une centrale nucléaire.


About Sébastien Périmony

One comment

  1. Il faut produire massivement plus pour les zones urbanisées, et utiliser les mini réseaux d’ENR pour les villages. Au bout d’un certain temps, les deux modes se rejoindront pour former un vrai réseau de distribution.
    La distribution est le second problème majeur en Afrique, et cela cache un problème de choix politique: les régions d’Afrique veulent-elles se développer par les métropoles ou les villes moyennes ? la réponse est politique; elle se traduira par la structure du réseau continental d’autoroutes électriques à faire. Les instances idoines CAPP, EAPP, SAPP, WAPP & COMELEC négligent cet aspect qui pénalisera l’Afrique et son rôle central.

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